Arménie: la diaspora arménienne dans le monde, aspect historique et genèse de la diaspora en France

Voici la page documentaire que nous vous proposons de relire après notre voyage du 22 avril au 3 mai 2019 en Arménie.
Comment est née l' importante diaspora arménienne mondiale ?
Quel rôle a-t-elle joué et joue-t-elle encore de nos jours pour l' Arménie ?



La photo ci-dessus représente la diaspora arménienne dans le monde en 2000. Cliquez sur la carte pour l'agrandir.
Comme cela y apparait, il y a aujourd'hui dans le monde environ 5.600.000 arméniens.
Trois millions vivent en actuelle République d'Arménie, pays grand comme la Belgique, soit à peu près le 1/10ème du territoire qui constituait l'Arménie historique jusqu'en 1920.
Le reste  est dispersé dans le monde:
1.250.000 aux USA,
   900.000 dans ex-URSS
   350.000 en France
    310.000 au Proche Orient.
Pourquoi?
Par quelles vicissitudes de l'histoire?


On peut dire que dès l'Antiquité puis du 14ème ( chute du Royaume arménien de Cilicie) jusqu'au tout début du 20ème siècle une majorité de population arménienne s'est maintenue sur le territoire de l'Arménie historique.  voir  la carte de la page  de ce lien 
Certes, de l'émigration eut lieu: la route caravanière reliant Constantinople à l'Extrême Orient traverse la Perse et l'Arménie. Donc les Arméniens qui s'adonnent très tôt au négoce international sont amenés à quitter leur patrie.
Bientôt ils seront présents à toutes les étapes des grandes routes commerciales menant de la Chine et des Indes vers la Russie, la Méditerranée, l'Europe occidentale et la Mer du Nord. Ils y constituent une diaspora reconnue, avec comme " centres de gravité réels" :  Rome, Venise, Livourne, Paris, Barcelone, Cadix, Amsterdam ....


N.B. cliquer sur  le passeport pour l'agrandir


Mais après le génocide de 1915 et  la fin de la 1ére guerre mondiale, c'est différent.
Toute la population arménienne de la plus grande partie du territoire national s'en trouve expulsée sans avoir la possibilité effective d'y retourner.

Commence  alors l'immigration collective d'Arméniens, immigration politique forcée, un exode de réfugiés rescapés du génocide devenus apatrides par suite du triomphe de la révolution kémaliste , des bouleversements politiques au Proche Orient et .... de l'abandon des Arméniens par les Alliés.
La SDN  ( Société des Nations, ancêtre de l'ONU ) crée le Haut Commissariat aux Réfugiés et cherche à les " caser".

Le fait que la France est la puissance mandataire en Syrie et au Liban où se trouvent de nombreux réfugiés arméniens lui crée un " devoir humanitaire", et elle a besoin de main d'oeuvre après la guerre de 14-18.
C'est pourquoi en 1922 commence  l'immigration des Arméniens de Turquie en France.
Souvent ce sont les patrons qui font signer des contrats d'embauche au départ ou à l'arrivée.
Ainsi les Arméniens émigrés en France dans les années 20 ont la particularité d'être à la fois des réfugiés politiques et une main d'oeuvre importée.
En général ils arrivent par mer de Syrie, du Liban, de Grèce, de Bulgarie, débarquent à Marseille, escale ou destination finale.
Les débuts en France de cette diaspora laborieuse sont très difficiles.
Leur famille décimée par le génocide peut se reconstituer dans les années 1920-1930. Pour la 1ère, voire la 2ème génération, les mariages entre Arméniens sont la norme. Dès les années 20 de petites communautés arméniennes apparaissent ainsi autour de Marseille, dans le sillon rhodanien, les vallées transversales des Alpes et du Massif Central grâce au travail trouvé dans les chantiers navals ( La Ciotat, Seyne) , les mines ( Gardanne) les usines et la métallurgie ( Romans, Valence, Vienne, Grenoble, Lyon, ...)
Ainsi les réfugiés peuvent s'enraciner et créer des " territoires ethniques" avant de devenir des citoyens français ( N.B. la naturalisation leur a été accordée en 1946 )

" Etrangers invisibles " ils se dotent d'institutions religieuses et culturelles pour transmettre aux générations futures la langue et la mémoire. (Par exemple, entre 1929 et 1933 , 8 églises apostoliques arméniennes sont élevées à Marseille.)

*On se souvient qu'en 1991 , Henri VERNEUIL, de vrai nom Achot MALAKIAN , lui-même arrivé  à ce moment-là en France enfant avec sa famille, rend hommage aux siens, particulièrement à sa mère et sa propre famille, dans ses films  MAYRIG et 588  rue Paradis. ( Mayrig signifie " maman" , et Azad son prénom dans le film signifie "libre")
*Plus récemment c'est Robert GUEDIGIAN qui y fait aussi référence  dans ses films " Marius et Jeannette" ou " Le voyage en Arménie".
* Si vous avez l'occasion d'aller vers le midi, arrêtez-vous à VALENCE dont la communauté arménienne représente 10% de la population de la ville. Le 10 juin 2005, le CPA,  Centre du Patrimoine Arménien s'est  ouvert au 14  Rue Louis Gallet. C'est un espace muséal  et un lieu de mémoire incontournable à Valence, un Musée unique en France et en Europe.

Plus d'infos: cliquer ici
* On se souvient aussi comment en 2015, pour le centenaire du génocide arménien de 1915, les chaines de télévision ont relayé cette histoire tragique et combien les églises apostoliques des arméniens en France ont pu témoigner.

Et qu'est devenue l'intelligentsia arménienne?, le monde littéraire et artistique ?
Il faut souligner que dès 1896 ( poussée kémaliste et massacres hamidiens) l'exil de l'intelligentsia (auteurs, compositeurs) connaît son point d'orgue.
Nous ne pouvons pas tous les citer ici, mais soulignons seulement le rôle de Archag TCHOBANIAN, ( lien ) traducteur, romancier et fondateur de la revue " ANAHID", un véritable passeur de cultures, qui a fait entendre la voix de l'Arménie en France par le biais des écrivains français qu'il côtoie à PARIS. Il y offre l'asile aux écrivains rescapés du génocide à travers sa " Société des gens de lettres arméniens", dont la solidarité fut le principe fondateur.
Les différentes revues littéraires sont ainsi conçues comme des espaces de rencontres.

En 1926, la moitié des 60.000 Arméniens en France vit à PARIS.

Rapidement intégrés ainsi les musiciens arméniens trouvent un havre en France et à Paris.
Il y a  les pianistes  Karl Mikuli, Stephan Elmas, Vakham Sevadjan  et bien d'autres, .... les élèves arméniens de la Scola Cantorum, etc...
Le plus célèbre sans doute,  invité lui aussi par TCHOBANIAN,  prêtre , musicien, compositeur, musicologue, R.P. KOMITAS ( 1869-1935 ) au destin si légendaire mais aussi si tragique.

Plus d'infos sur sa page  Wikipedia : cliquer ici

Il a sa stèle à Paris , au bout du Cours de la Reine , inaugurée en 2003, ( voir la photo ci- dessus)  et une aussi à EREVAN, nous la verrons en vrai lors de notre  voyage.
Ses manuscrits transférés après guerre de Paris au gouvernement soviétique d'Arménie sont conservés à EREVAN depuis 2015 au Musée KOMITAS.L'Académie de Musique à EREVAN porte son nom, ainsi qu'un quatuor à cordes.

En conclusion:
Nous venons de rappeler le récit de l'histoire des immigrés arméniens des années 20 ....
Mais leur histoire continue par leurs enfants et petits enfants  et les Instituts, musées etc.....
La DIASPORA Arménienne en FRANCE , toute la diaspora arménienne mondiale se retrouve autour du principe de SOLIDARITE. Celle-ci s'est particulièrement traduite après le tremblement de terre de 1988 et l'élan d'aide venu de la Diaspora. Les Français ont pour certains, alors seulement découvert que Charles AZNAVOUR s'appelait en réalité AZNAVOURIAN . Par son engagement, son témoignage et son aide, il a rendu le plus grand hommage à ses aïeux.
Il en est de même des ONG ,  SPFA basée à Paris  ou "Espoir pour l'Arménie " basée à LYON, etc...


N.B.
Nous ne serons pas surpris de voir la statue de " notre " Charles Aznavour à GUMRI lors de notre voyage ,
ni de traverser au centre d'EREVAN la " Place Aznavour",
ni de surfer sur les pages de l'Institut Tchobanian,
ni de découvrir sur Wikipédia ce qu'est  devenu Le Musée Arménien de France à Paris : cliquer ici


 

Mardi 7 Mai 2019
Lu 258 fois